Centre de référence national sur les syndromes de Marfan et apparentés


Hopital Bichat

Après quelques péripéties administratives, le protocole de Recherche Clinique Marfan/Sartan a pu débuter et 300 patients ont pu etre inclus comme prévu.


Le losartan est une molécule disponible depuis plus de 10 ans et utilisée depuis longtemps dans le traitement de l’hypertension artérielle et de l’insuffisance cardiaque. On a donc une bonne connaissance de cette molécule et de sa tolérance qui est excellente.
Elle agit en bloquant le récepteur cellulaire de l’angiotensine 2, une hormone, comme les bétabloquants bloquent le récepteur béta de l’adrénaline, une autre hormone.
Elle est contre-indiquée en cas de grossesse.

Le losartan limite la dilatation de l’aorte de certaines souris chez lesquelles un gène pathologique de la fibrilline, d’origine humaine, a été introduit. La présence de ce gène chez les souris entraîne une dilatation rapide de l’aorte et le losartan ralentit cette dilatation s’il est donné pendant 6 mois en débutant dès la naissance.
Mais une seule des mutations humaines a entraîné une dilatation aortique chez la souris et le bénéfice du Losartan n’a pu donc pas pu être étudié sur les autres mutations humaines.
Il est donc difficile de savoir à partir de ces données si elle peut rendre service à des hommes et des femmes, ou des grands enfants, porteurs de différentes mutations. Il est bien possible que oui, et alors ce pourrait être un traitement qui permet d’éviter la chirurgie si les résultats sont aussi concluants chez l’homme que chez la souris jeune ! Mais il est également possible que l’homme et la souris ne se comportent pas de façon identique, et que le bénéfice observé chez la souris ne soit pas retrouvé chez l’homme.
Le but de l’étude est de vérifier l’efficacité ou l’inefficacité du Losartan sur le diamètre aortique de patients âgés de plus de 10 ans présentant différentes mutations.

Par ailleurs, la molécule est une de celle qui est le mieux tolérée par les patients qui présentent une hypertension artérielle, ou une insuffisance cardiaque (indications actuelles de la molécule), mais la tolérance chez les patients qui présentent un syndrome de Marfan n’est pas connue. Il n’y a pas de raison de penser qu’elle soit mal tolérée, mais il faut le prouver.

La meilleure façon de fiabiliser les résultats de l’étude est de la conduire en « double aveugle » : (ni le médecin qui traite le patient, ni le patient ne sait s’il reçoit la molécule active ou le placebo).
L’étude compare des personnes qui reçoivent le losartan avec d’autres qui reçoivent un placebo (une molécule inactive). Ainsi on pourra juger s’il y a une différence entre les patients sur le bien-être ; la tolérance du traitement; l’évolution du diamètre aortique ; le besoin de chirurgie ou d’hospitalisation.
Ce sont des études de ce type qui ont permis de démontrer l’efficacité des nouveaux traitements en cardiologie.

Est-il licite d’attendre les résultats, n’a-t-on pas intérêt à débuter le traitement avant ?
C’est la question que tout le monde nous pose, et l’envie de tous est que tout médicament actif soit disponible aussi rapidement que possible.
Mais ce type d’étude a déjà montré à de multiples occasions que le traitement que l’on pensait utile était inutile voir dangereux (à titre d’exemple, dans l’insuffisance cardiaque, des études se sont révélées négatives avec les statines, avec les acides gras polyinsaturés chez des patients ayant des coronaires malades et une insuffisance cardiaque, alors que tout laissait prévoir des résultats positifs ; des traitements ont été définitivement abandonnés à la suite d’études montrant plus d’inconvénients que d’avantages, alors qu’ils étaient merveilleux chez la souris).
L’extrapolation d’un bénéfice chez l’homme à partir d’une étude sur la souris porteuse d’une seule des 1000 mutations recensées, dans un seul des gènes en cause n’est pas possible. Une étude chez l’homme (et la femme) doit confirmer le bénéfice, et avant, prudence, l’homme s’est déjà trompé quelques fois. Il est urgent de confirmer ou infirmer la valeur de ce médicament chez les patients, qui sont tout aussi impatients que les médecins.

Une étude similaire a débuté aux USA mais :
Elle n’est pas en double aveugle. La qualité de vie n’est pas évaluée ni évaluable dans ces conditions.
Elle teste le fait de remplacer le traitement béta-bloquant par un sartan et non le bénéfice du traitement en plus du traitement qui a démontré son intérêt aujourd’hui. La prise de risque avec le protocole français est donc moindre.
Les 2 études sont donc complémentaires, et les résultats de l’une renforceront ceux de l’autre. Nous l’espérons.

L’étude a inclus plus de 300 patients. Les derniers patients ont été inclus en mars 2011. Les résultats sont attendus pour dans 2 ans et ½. Croisons les doigts !!
Ceci étant si le losartan ne tient pas ses promesses de nouvelles hypothèses sont apparues qui justifieront également d’être testées dans une étude ce type.